Minorque, joyau méconnu des îles Baléares, se dévoile entre mer et pierre sèche. Classée réserve de biosphère par l’Unesco depuis 1993, l’île séduit par sa nature préservée. Un séjour ici devient une vraie exploration hors des sentiers battus.
Minorque, réserve de biosphère Unesco : une biodiversité à choyer
Le classement Unesco couronne des décennies d’efforts. En 1993, l’île obtient le label pour sa richesse écologique. Quinze habitats naturels distincts sont protégés, des ravins aux grottes, des zones humides aux dunes. Cette mosaïque abrite des espèces rares, dont certaines sont endémiques.
En 2019, la réserve s’agrandit vers la mer. Deux espaces marins rejoignent le parc terrestre : la réserve marine du nord et le parc naturel de s’Albufera des Grau. Les prairies sous-marines et les falaises côtières enrichissent ce patrimoine naturel. À chaque détour, la vie sauvage rappelle qu’ici, l’homme et la nature cohabitent avec soin.
Une île où la biodiversité se vit au quotidien
Le visiteur croise des vaches vermella dans les champs, des chevaux au galop le long des murets. Les oiseaux migrateurs font escale dans les zones humides, tandis que les criques abritent des posidonies, ces plantes marines essentielles. Ce fragile équilibre donne à Minorque une identité singulière, loin de l’agitation d’Ibiza.
Les sentiers de randonnée, comme le célèbre Camí de Cavalls, offrent une plongée dans cette nature brute. On y marche durant des heures sans croiser âme qui vive. Une expérience que les amoureux du tourisme durable apprécient particulièrement.
Les fêtes de Sant Joan : traditions équestres et ferveur populaire
Fin juin, Ciutadella s’anime d’une fièvre ancestrale. Les fêtes de Sant Joan rassemblent près de 60 000 personnes. Le rituel, né au XIVe siècle, reste immuable. Les 23 et 24 juin, une centaine d’étalons noirs, montés par les « caixers » en costume traditionnel, paradent dans les rues.
Sur la plaça des Born, les puissants chevaux se cabrent au son du « jaleo ». Le public acclame ces danses équines, héritage d’un profond attachement au cheval. Laurent Morel-Ruymen, passionné et futur hôtelier, décrit ces moments comme « d’une grande intensité ». La tradition équestre imprègne toute la culture minorquine.
Des palais rénovés en hôtels, l’esprit du tourisme durable
À Ciutadella, Laurent Morel-Ruymen transforme d’anciennes demeures en adresses raffinées. Dès 2012, il achète Can Faustino, un palais du XVIe siècle, qu’il repense en hôtel 5 étoiles. Puis viennent Cal Bisbe, Can Llorenç et Can Sebastia, tous situés près de la cathédrale. Quatre lieux composent aujourd’hui le groupe Faustino Gran Relais & Châteaux.
Plus loin, sur la côte ouest, l’ancien fort de Cap Menorca devient un hôtel chic. Quinze suites avec piscines privatives, face à la mer. Un pari audacieux, réussi grâce à une restauration minutieuse. Le groupe Mare e Terra, dirigé par Morel-Ruymen, a ouvert la voie à d’autres acteurs, comme Fontenille Collection ou Experimental Group.
Son Ermita et Binidufa : le luxe discret du nord
Dans le nord, la Vestige Collection a ouvert Son Ermita en 2025. Perché sur une colline, l’hôtel de dix chambres domine un domaine de 800 hectares. La mer scintille à l’horizon, les couchers de soleil se savourent depuis les terrasses de cette finca du XVIIIe siècle. Cette année, son adresse sœur, Binidufa, a vu le jour dans une vallée voisine.
Onze chambres et suites, un mobilier créé localement par Vestige Estudio. Le restaurant Mesura propose une carte à dominante végétarienne, avec piscine en contrebas. L’arrière-saison reste idéale pour parcourir les sentiers dans la douceur de l’automne.
Mahon, capitale créative et art contemporain
Au sud, Mahon n’a jamais été aussi vivante. À l’entrée du port naturel, la galerie suisse Hauser & Wirth a posé ses valises sur l’îlot Illa del Rei. On y accède en bateau, pour découvrir des œuvres monumentales, des jardins méditerranéens et un restaurant, Cantina, niché sous les oliviers.
La cuisine y est fraîche, locale, presque végétale. L’art dialogue avec le paysage, et chaque visite devient une promenade sensorielle. Un peu plus loin, l’hôtel Can Alberti 1740 témoigne de l’architecture britannique du XVIIIe siècle. Quatorze chambres mêlent mobilier ancien, artisanat local et design contemporain.
Les propriétaires, un couple de Parisiens, organisent expositions et rencontres culturelles. L’hôtel se trouve à deux pas de la plaça Bastio et de ses boutiques. En quelques années, Minorque a prouvé qu’elle sait recevoir, avec une hospitalité discrète et chaleureuse.
Pourquoi partir explorer Minorque cette année ?
L’île offre une version plus douce des Baléares, à la fois sauvage et cultivée. Chaque saison apporte son lot de découvertes, des fleurs printanières aux criques dorées de l’été. Voici quelques expériences qui valent le voyage :
- 🌿 Randonner le long du Camí de Cavalls et s’arrêter dans les calas secrètes
- 🐴 Assister aux fêtes de Sant Joan et vibrer au son du jaleo
- 🎨 Visiter le centre d’art Hauser & Wirth et ses jardins sur l’îlot Illa del Rei
- 🍷 Déguster une cuisine locavore dans les restaurants des hôtels de charme
- 🚤 Explorer la côte en bateau traditionnel, à bord d’un llaut minorquin
Minorque démontre qu’un tourisme haut de gamme peut rimer avec respect profond du patrimoine naturel. Ici, le temps semble suspendu. Entre deux baignades, on comprend pourquoi l’Unesco a choisi cette île comme gardienne d’un équilibre précieux. Une destination à découvrir avant que le secret ne s’évente.

Rédacteur en chef du Riccoty, passé par dix ans de presse magazine gastronomique après une formation en cuisine. Installé en Bourgogne, il cuisine matin et soir pour sa famille et défend une cuisine cosy ancrée dans les saisons.